Voices Choeur International, créé et dirigé par Bonnie Woolley, est un choeur mixte spécialisé en Spirituals de Concert et en oeuvres a cappella anglo-saxons


Répertoire Samuel Barber

Published on juin 24th, 2011 | by Voices

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Samuel Barber et « Reincarnations »

Samuel Barber (1910 – 1981)

Texte de Norman Stokle / traduction de l’anglais par Martine Desroches

Samuel Barber

Samuel Barber par Carl Van Vechten (1880–1964)

Après avoir été négligée pendant des dizaines d’années, la musique de Barber réapparaît progressivement au répertoire des grands orchestres un peu partout dans le monde. Pourtant, jusqu’au milieu des années 90, le nom du compositeur américain n’évoquait que l’Adagio pour cordes pour la plupart des mélomanes. Le reste de son œuvre est restée très largement méconnue. L’adagio, quant à lui, est devenue à l’expression du deuil ce que la Marche nuptiale de Mendelssohn est à celle de la joie. N’a-t-elle d’ailleurs pas accompagné dans leur dernière demeure d’aussi illustres personnages que Roosevelt, Kennedy, la Princesse Grace et Diana. Le cinéma n’est pas en reste qui l’a notamment exploité dans Platoon, El Norte et Elephant Man.

Extrêmement lyrique, la musique de Barber n’appartient à aucun courant. Peut-être cette indépendance explique-t-elle pourquoi il fut tant critiqué et condamné par certains de ses contemporains comme le « flatteur des masses » ou « l’arrière goût du dix-neuvième siècle ». Pourtant, sa composition est complexe, dissonante et trop expérimentale au plan de l’orchestration pour avoir été écrite avant Stravinsky. Elle est toujours parfaitement travaillée et marquée par une grande richesse harmonique. Et surtout, elle est mélodieuse et tonale.

« Reincarnations » est un merveilleux exemple de l’écriture de Barber pour chœur a capella. Cycle de trois chansons s’appuyant sur des poèmes irlandais très rythmés de James Stephens, il fut composé tôt, en 1940, dans une période de transition qui mena Barber des influences du dix-neuvième siècle (Richard Strauss, Robert Schumann) aux rythmes complexes et aux dissonances associées à Stravinsky. Elle marque la parfaite maîtrise lyrique alors acquise par le compositeur en intensité comme en richesse mélodique. Comment d’ailleurs ne pas se souvenir, en les écoutant, que Barber était lui-même, entre autres talents, un chanteur professionnel de très bon niveau ?

En 1966, le Metropolitan Opera commanda un Antoine et Cléopâtre d’après un livret de Franco Zefirelli pour l’inauguration du nouveau bâtiment du Lincoln Center. Ce fut un échec. Barber se retira alors en Italie. Mais à la fin des années 90 certaines de ses oeuvres, enregistrées sur CD grâce à l’aide de Robert Shaw, Previn et d’autres, furent couronnées par des Grammy Awards.

En ce début de siècle, on assiste à un regain d’intérêt pour le compositeur et des festivals, concerts et conférences rendent hommage à toutes les facettes de son travail. Peut-être même rentre-t-on dans une phase – post adagio – au cours de laquelle l’œuvre de Barber toute entière reçoit enfin l’attention qu’elle mérite.

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2 Responses to Samuel Barber et « Reincarnations »

  1. Bonjour,

    Et félicitations tout d’abord pour avoir retenu le très beau cycle des Reincarnations dans votre répertoire !
    Une précision concernant votre notice biographique sur Barber : il est totalement faux d’écrire « à sa mort, en 1981, la plupart de ses œuvres n’avaient pas été jouées en public, sauf pour le célèbre Adagio » ! L’INTEGRALITE des oeuvres de Barber ont été créées de son vivant, et toujours avec succès – à l’exception de son dernier opéra, Antony and Cleopatra (1966), qui fut un échec – et ont fait le tour du monde, défendues par des artistes aussi prestigieux que Vladimir Horowitz, Leontyne Price, Bruno Walter, Leopold Stokowski, Eugene Ormandy, Leonard Bernstein, Thomas Schippers, Dmitri Mitropoulos, Charles Munch, John Browning, Rudolf Firkusny, Isaac Stern, Martina Arroyo, Nicolai Gedda, Pierre Bernac, Dietrich Fischer-Dieskau… etc. etc.
    N’hésitez pas à consulter le site de l’Association des amis de Samuel Barber (www.samuelbarber.fr) pour trouver d’autres informations – en attendant la sortie le 23/11/2011 de la première biographie française consacrée à ce compositeur : « Samuel Barber, un nostalgique entre deux mondes » (Pierre Brévignon, Editions Hermann).

    • Voices says:

      Merci beaucoup pour ces précisions… j’enlève de suite la phrase du texte. C’est pourtant une évidence que ses oeuvres ont été connues de son vivant !

      Dans tous les cas j’apprécie votre intervention, et n’hésiterai certainement pas à me procurer la biographie en novembre !

      Bonnie Woolley

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