Voices Choeur International, créé et dirigé par Bonnie Woolley, est un choeur mixte spécialisé en Spirituals de Concert et en oeuvres a cappella anglo-saxons


Répertoire Chichester Psalms

Published on juin 24th, 2011 | by Voices

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Leonard Bernstein et les « Chichester Psalms »

Texte de Norman Stokle / traduction de l’anglais par Martine Desroches

Leonard Bernstein

Leonard Bernstein. Photo by Marion S. Trikosko, U.S. Library of Congress

Leonard Bernstein a traversé le XXème siècle telle une comète et enrichi la vie de millions de personnes en leur faisant connaître et apprécier la musique d’une manière simple et abordable pour le commun des mortels. On peut dire qu’il a guidé les hommes dans le monde complexe et souvent déroutant de l’expression musicale.

Doté d’un prestigieux talent et d’une énergie sans limite, Bernstein réussit tout ce qu’il entreprend : comédies musicales (On the Town, Wonderful Town, Candide, West Side Story, 1600 Pennsylvania Avenue), opéras (A Quiet Place, Trouble in Tahiti), ballets en collaboration avec son vieil ami Jerome Robbins (Fancy Free, Facsimile, Dybbuk), musiques de films et de scènes (On the Waterfront, Peter Pan, the Lark), symphonies, messes et de nombreuses pièces pour orchestre qui font partie du répertoire musical mondial.

Comme Previn et Gershwin, Bernstein est un pianiste accompli, jouant et enregistrant ses propres compositions et celles des grands compositeurs avec des orchestres du monde entier mais surtout avec le New York Philharmonic.

La plupart des gens se souviennent de Bernstein comme directeur musical au New York Philharmonic, poste qu’il occupe de 1958 à 1969. C’est en 1943, alors qu’il n’a que 25 ans, qu’il est nommé Chef Assistant. Le 14 novembre de la même année, il se fait connaître du public en remplaçant, au pied levé, Bruno Walter, souffrant, dans un concert donné au Carnegie Hall et retransmis sur tout le continent américain. C’est un tournant dans sa carrière. Par la suite, Bernstein devenu Chef d’Orchestre à part entière, se déplace dans de nombreux pays et tisse des liens étroits avec Israël jusqu’à sa mort en 1990. Ses enregistrements de Haydn, Beethoven, Brahms, Schumann et Sibelius, principalement avec le New York Philharmonic, sont considérés comme des classiques du genre et ceux des symphonies de Mahler suscitent un regain d’intérêt pour ce compositeur jusque-là négligé.

Un des secrets de l’extraordinaire succès de Bernstein tient à sa capacité à expliquer des idées compliquées en termes simples et accessibles à des publics non-avertis.

C’est un pédagogue né bien que certains le qualifient de cabotin. Son programme de télévision « Omnibus » et ses « Young People’s Concerts » avec le New York Philharmonic ont été diffusés pendant 14 ans et lui ont valu de recevoir 11 Emmy Awards.

Il aime enseigner à de jeunes musiciens – à Tanglewood, au Festival de musique du Schleswig-Holstein, à celui de Sapporo au Japon, au Los Angeles Philharmonic Institute, dont il est le principal fondateur. Ses livres – The Joy of Music, Leonard Bernstein’s Young People’s Concerts, The Infinite Variety of Music, et ses six conférences Norton sous le titre « The Unanswered Question » – ont été traduites en plusieurs langues.

Les conférences Norton données à l’université de Harvard en 1973, sont fascinantes quant à l’exploration qu’elles offrent de la phonologie musicale, de la sémantique, de la métaphore et de l’asymétrie. Bernstein s’est efforcé d’appliquer les théories de Chomsky sur la grammaire transformationnelle à la musique, tout en affirmant son aversion pour l’atonalité et le refus du concept largement répandu de la « musique comme langue universelle ».

Un des thèmes principaux de ces conférences fut le rôle et l’importance de l’ambiguïté musicale que Bernstein étudia avec soin à Harvard sous la direction de Walter Piston et plus tard avec Randall Thompson au Curtis Institute de Philadelphie. Il fut très impressionné par le second mouvement de la 6ème symphonie de Tchaikovsky (La Pathétique) qui commence par une mesure inhabituelle de 5/4, créant un rythme de valse à contretemps qui oscille entre les divisions 3+2 et 2+3. On trouve, sur la propre partition de Bernstein de cette symphonie, l’annotation suivante :

« 3+2 et 2+3  = exemple d’ambiguïté musicale = charme »

Il introduira d’ailleurs cette technique dans ses compositions qui deviendra un point de référence et les CHICHESTER PSALMS en offrent une parfaite illustration. Il utilise fréquemment les mesures 5/2,12/2,6/4,9/4 et 10/4, et de la polytonalité.

Chichester Psalms

Chichester Psalms

Les Chichester Psalms

Ces psaumes ont été commandées à Bernstein par la Cathédrale de Chichester pour son festival annuel, un événement rassemblant les chœurs des cathédrales de Winchester et de Salisbury. Le premier concert fut donné le 15 juillet 1965 par le New York Philharmonic à New York avec les chanteurs de la Camerata sous la direction de Bernstein. Puis, cette œuvre fut reprise à Chichester le 31 juillet 1965 dans sa version originale pour voix d’hommes.

Le texte, tiré de six paumes différents, reflète non seulement les racines juives de Bernstein mais également, et de manière poignante, son engagement pour la paix dans le monde. Qui pourrait oublier son  » Voyage pour la Paix  » d’Athènes à Hiroshima en 1985, son concert historique à Berlin à l’occasion de la chute du Mur en 1989 et son implication régulière dans le travail d’Amnesty International ?

« Pourquoi les nations ont-elles frémi ?
Pourquoi les peuples ont-ils médité de vains complots ? »

Ainsi commence la complainte initiale du 2ème Psaume suivie par l’appel strident au peuple pour qu’il se rebelle contre leurs maîtres impies :
 » Rompons, disent-ils, leurs liens
Et rejetons loin de nous leur joug. « 

Le pianissimo final qui délivre le message du Psaume 133 :  » Voyez comme il est bon et agréable pour les peuples de vivre ensemble en harmonie  » peut être vu comme le propre appel de Bernstein aux êtres humains pour qu’ils s’engagent à s’unir dans l’harmonie et dans la paix.

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